The Non Required


Si William peut le faire…
October 11, 2007, 11:10 am
Filed under: Big deal, C'est triste, De quoi tu parles ?

Lova nous a parlé de William Kankwamba. William vit à la campagne au Malawi à 2 heures 30 de route au nord de Lilongwe. C’est un gamin qui – à 15 ans – a réussi à construire une éolienne qui fournit suffisament d’énergie pour alimenter 4 ampoules et recharger un téléphone portable. Il ne connaissait rien à l’électricité, s’est auto-formé à la bibliothèque du coin et a fini par construire son engin de bric et de broc. Comme vous pouvez le voir, ce n’est pas une vestas mais ça marche ! Le plus génant dans cette histoire c’est que ça interpelle… Inévitablement… Si William peut le faire alors pourquoi personne ne le fait ? La question est légitime, mérite d’être posée et mérite une réponse.

Sur son blog, William donne quelques détails sur son niveau d’investissement (“K500 for two bearings, K500 for a bicycle dynamo, K400 for a fan belt and K800 for a bicycle frame”). En gros cela fait 16$ pour une éolienne et on peut se dire que ce n’est pas cher et qu’il faut s’y mettre ! Là réside la première difficulté du problème mais partons sur cette hypothèse…

 

NDLR: ceci ressemble à s’y méprendre à une étude de cas lors d’un entretien pour bosser chez… chut… pas de pub…🙂

 

A l’assaut de la première difficulté !

 

La population totale en Afrique sub-saharienne est de 400 millions de personnes. Sachant que 65% de ces personnes vivent en zone rurale, cela nous amène à environ 258 millions d’habitants à qui il faut fournir de l’électricité. Nous savons que plus de gens en aurait besoin mais nous simplifions. Si on suppose que chaque ménage compte 6 personnes, on obtient 43 millions de foyers. 43 000 000 de maisons multiplié par 16$ nous amène à un total d’investissement de près de 688 millions de dollars. En fait, on a le choix entre cette somme ou 43 millions de bicyclettes chinoises d’occasion disponibles d’emblée dans chacun des foyers – au bout du compte on verra que la différence est marginale mais continuons… A l’issue de ce 1er décompte, on voit déjà qu’en partant d’une base extrêmement modeste et des hypothèses relativement simplifiées on arrive déjà à quelque chose de conséquent…

 

Mince, une deuxième difficulté…

 

Introduisons – pour le fun – un peu plus de réalisme. William le fait gratuitement mais si je vous priais instamment de contruire des éoliennes pour les pauvres, je doute que vous soyez d’accord de le faire pro bono. [NDLR: Aaaah… sacrés prolétaires individualistes…] Supposons donc que chaque éolienne puisse être construite en 3 jours de travail. [NDLR: Non, ce n’est pas de l’esclavage !] Donc 3 jours par 43 millions d’éolienne nous amène à… 129 millions de jours-homme. Je divise par 20 pour obtenir des mois-hommes et j’obtiens… 6,45 millions de mois-hommes. En payant chaque mois de travail au SMIC Schgeume – 25$ pour encore simplifier – nous arrivons à un coût de main d’oeuvre de 161 250 000$. Nous arrivons donc à un total de (688+161,250)… disons 850 millions de dollars.

 

Ouch… Une troisième difficulté…

 

Ici, j’entends les cris de certains écolos-capitalistes (“Et le bois, il est gratuit?”). J’avoue qu’il est difficile d’estimer le prix de plusieurs morceaux de bois et des clous. Disons qu’il nous faut 50 clous par éolienne [NDLR: En regardant attentivement la structure pour pourrez vérifier l’estimation à 3 clous près.] donc (43M x 50) 2,15 milliards clous ! A partir d’un coût très estimatif cela nous revient à 0,266$ de clous par éolienne – soit un total de 11 472 000 $ de clous. La facture totale monte alors à 861 472 000$… sans bois. Pour le bois, à vue de nez, je dirais qu’il faut l’équivalent de 20 palettes pour construire cet échaffaudage – ce qui représente 1 m3 de bois. En prenant le prix du bois non traité [NDLR: un bois d’une certaine qualité certes mais on ne va pas non plus faire de la m… ni du traffic…] on arrive à 250 euros le m3, soit 360$. Donc reprenons nos calculs, 43 millions d’éoliennes par 1m3 de bois à 360$ le m3… 15 milliards 480 millions de dollars [NDLR: Ca alors… Le bois coûte très cher…]

 

Reprenons notre souffle…

 

Récapitulons pour 43 millions d’éoliennes.

 

  • Partie électro-mécanique: 688 000 000$
  • Main d’oeuvre: 161 250 000$
  • Clous: 11 472 000$
  • Bois: 15 480 000 000$

 

 

 

 

TOTAL: 16 340 722 000$ (380$+ par éolienne)

 

Ce n’est pas fini…

 

Nous avons fait nos calculs avec une hypothèse “énorme” : tout à un coût mais tout est disponible sur place. Par exemple, on n’a pas besoin de payer un centime pour mouvoir les 43 millions de m3 de bois – à part le salaire des travailleurs. Nous n’avons pas non plus pris en compte le coûts des outils. Le coût logistique est compliqué à calculer mais essayons d’evaluer ensemble le coût des outils: 5 scies, 5 marteaus et 6 tourne vis par collectivité – au vu des prix cela nous coûtera 200$ par village au prix de gros.

 

A nouveau, nous somme obligés de supposer quelque chose au sujet des collectivités. Disons qu’il y a 43 foyers par collectivité – ce sera plus facile ainsi. Donc il nous faut 1 million de fois le set d’outils, soit 200 millions de dollars. La facture monte (16 340 722 000 + 200 000 000) à 16 540 722 000 de $.

 

Le plus compliqué…

 

Le plus compliqué est ce que j’appelerai le catalyseur. William a eu accès à la connaissance en passant par une bibliothèque pour construire son éolienne. Dans notre projet il faudrait trouver un moyen de s’assurer que la connaissance soit disponible dans les 1 million de communautés réparties sur tout le continent.

 

Essayons d’être créatif et supposons qu’on envoie un specialiste pas cher passer 5 jours dans chaque communauté pour transferer le savoir et ajoutons 2 jours de transports. Disons 7 jours -de travail plus 70$ de per diem incluant le transport ce la nous fait… [(7 x 1 000 000) x 25$ : 20] + 7 x 1 000 000 x 70$ = 498 750 000 $. Cela en supposant que chaque gars soit payé au SMIC Schgeum… Allez ne soyons pas radins, disons 500 millions de dollars pour partager la connaissance !

 

Stop !

 

Donc en faisant le grand total, en rajoutant environ 20% d’impondérables et en supposant que toute la logistique est offerte par des entreprises généreuses, on arrive à 20 milliards 450 millions de dollars – autrement dit 475,56$ par éolienne avec plein de choses non comprises dans le calcul.

 

Pas encore stop !

 

Pas encore stop en fait. Nous n’avons pas compté les différentiels (1 par foyer), fils électriques (35 m par foyer), interrupteurs (1 par ampoule), les ampoules (4 par foyer) et les prises (1 par foyer) – sans lesquels il n’y a pas d’électricité dans la maison ! On prend tout en Chine à 50% moins cher et cela inclut les travaux de “sustainabilisation” (voir les travaux chez William). Malgré cet effort on se retrouve avec une facture de 2,5 milliards de dollars.

 

On arrête les frais !

 

Disons qu’il nous faut 23,5 milliards de dollars [NDLR: on est plus à quelques centaines de milliers de dollars près…]- donc 546.51$ par foyer sans batterie (!) et sans coût logistique en supposant (utopiquement) qu’il y ait toutes les conditions physiques et géographiques requises pour faire construire et faire fonctionner ces 43 millions d’éoliennes à proximité de chacun des 43 millions des foyers… En rajoutant, à la louche, 35% pour ces divers coûts on monte à 738$ par foyer.

 

Les jeux sont faits… 31 milliards 734 millions de dollars…

 

Nous sommes partis des 16$ de William pour arriver (ensemble) à 738$ – un total de 31,734 milliards de dollars pour les foyers ruraux d’Afrique sub-saharienne… Cela montre beaucoup de choses:

 

  1. la difficulté à estimer les coûts d’un tel projet;
  2. la difficulté de passer de l’initiative indivuelle ou réduite à une échelle plus importante;
  3. le montant nécessaire serait de (738 x 43 million) 31,7 milliards de dollars – qui est prêt à investir cela?
  4. si on trouve 31,7 milliards il faudra que ce soit des dons car ce n’est pas rentable – c’est de l’électricité domestique qui n’est pas en mesure de générer beaucoup de revenus à court terme à priori pour les ménages car cette éolienne ne parviendra pas à fire tourner un équipement industriel – même sommaire…

Parfois, en voyant des exemples tels que celui de William, on s’enthousiame et on se dit que les “professionnels”du développment n’ont décidément rien compris et qu’il serait pourtant si facile de faire mieux et plus… Il est tentant de conclure que la solution au problème réside dans l’incremental development (“African infrastructure is a big problem that demands a small solution” comme le dit Zuckerman de Boston). Mais c’est sous-estimer plusieurs choses: la question de l’effort, celle de l’argent et celle de l’échelle – sans compter les tracasseries politiques et autres défis inimaginables…

 

Tout cela répond et complète les commentaires de Nj sur la solvabilité et de Lova sur le “scaling-up”.

 

Chers lecteurs… La lutte continue !


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