The Non Required


Le développement par le marché
October 9, 2007, 10:18 am
Filed under: De quoi tu parles ?, Mon job

J’écrivais plus tôt dans L’argent fait le bonheur que j’estimais que 2 innovations étaient en mesure de changer ma vie, votre vie, le monde. Ce post a pour but de présenter la seconde de ces nouveautés. Certains peuvent trouver (ou peuvent avoir trouver) le sujet précedent assez ésotérique. Je l’admets aisément mais celui que je vais aborder le sera encore plus. Nous avions commencé la réponse avec le SRI – en français une traduction approximative serait l’Investissement Socialement Responsable – et nous continuons maintenant avec le market design.

darkc.JPGProbablement que la meilleure manière d’introduire le sujet est de vous montrer une photo qui représente le continent noir vu de l’espace, de nuit. La photo a été bleutée afin de faire apparaître les contours du continent. L’Afrique vit dans l’obscurité car nous n’avons pas été en mesure d’y construire un marché de l’électrification à grande échelle. Un excellent article à ce sujet a été publié par The Economist. Au-delà de cet aspect “visible”, nous devons avouer notre échec en matière d’abduction d’eau potable, de route, de chemin de fer, bref d’infrastructure. A notre décharge, ce n’est pas chose facile et cela requiert beaucoup d’argent. Les seuls pays qui y sont “vraiment” parvenus – en Europe ou en Amérique – l’ont fait à coup de milliards de dollars de subventions publiques.

Le défi de l’Afrique est de le faire sans argent public et c’est là que le market design prend toute sa signification. Pour faire simple, disons que la discipline économique a 2 branches principales: la macro-économie et la micro-économie. Ces branches sont elles mêmes divisées en sous-disciplines et partagent entre elles diverses ramifications. Parmi mes préférées, on peut compter la théorie des jeux, la théorie des enchères et le market design.

L’avancée qu’apporte le market design dans la théorie économique est de ne plus considérer le marché comme la (simple) rencontre de l’offre et de la demande. Pour les market designers, le marché a besoin pour fonctionner correctement d’un nombre suffisant d’acteurs (acheteurs et vendeurs), de sécurité et d’encouragement afin que l’information relative aux besoins et aux capacités soit partageable et disponible entre les acteurs, et de mécanismes de gestion de la congestion – en gros, les acteurs doivent avoir assez de temps pour pouvoir faire leur choix et prendre des décisions quand ils sont face à plusieurs alternatives.

Cela peut sembler assez abstrait au premier abord mais voici un exemple. Sur le marché des organes, il est difficile a priori de se faire rencontrer les acteurs. En effet, si vous avez besoin d’un rein comment pouvez vous en trouver? Supposons qu’une personne à 500 km pourrait être un compatible potentiel donneur mais ce dernier prefèrerait conserver son rein pour le cas où l’un de ses proches en aurait besoin… Discuter d’un prix poserait un problème éthique sérieux mais comment donc résoudre le problème autrement?

L’idée des market designers fut d’organiser un système centralisé pour gérer les offres potentielles et les besoins réels à l’échelle nationale. En posant un certains nombre de critères médicaux (comptabilité), géographiques (distance entre les 2 donneurs) et philosophiques (pas d’achat d’organes) on a pu créer un marché réglementé et fonctionnel – sur la base d’une série d’algorithmes. En fait cette nouvelle sous-discipline permet de mettre en place des processi durables d’échange de services ou de produits sur des bases commerciales ou non-commerciales afin de faire correpsondre un besoin identifié à une offre plus floue. D’autres exemples incluent l’affectation des nouveaux médecins sortant des écoles de médecine, l’affectation des enfants au sein des écoles primaires, le choix des pistes d’envol sur un aéroport…

Pour conclure, que pourrait faire le market design pour l’Afrique? Le modèle occidental d’électrification ne marche pas en Afrique. Les Etats africains ne peuvent pas payer les investissements et subventionner les prix car ils manquent de ressources fiscales (et les pays riches ne veulent pas payer pour cela). Il faut donc trouver un moyen efficace de faire se rencontrer l’offre et la demande en créant un marché. Faudra-t-il passer par un système centralisé, des systèmes Internet régionaux basés sur des enchères en jouant sur le prix des services? Personne ne sait comment pour l’instant mais le market design pourrait nous apporter la solution…

NDLR: Quelques liens – malheureusement, majoritairement en anglais – pour ceux qui sont intéressés, en passant par Stanford, Harvard et Dauphine.


9 Comments so far
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En plus de ce qui a ete dit et bien resume par Tnr, Jacques Attali dans son livre sur l’hitsoire de l’avenir resume bien le probleme de l’Afrique et la place de ce continent dans la mondialisation. En gros, le SRI c’est cool mais ne peut s’appliquer reellement car l’Afrique n’est pas un marche viable et rentable par rapport a d’autres partis du monde en pleine croissance et ou la structure demgraphique permet d’avoir une source potentielle de reel profit …

Comment by Nj

Un melange d’ incremental infrastructure et de William Kamkwamba ?
http://www.boston.com/news/education/higher/articles/2007/08/05/building_big_starting_small/
http://blog.ted.com/2007/08/premiere_willia.php.
Identifier comment l’electricite deviendrait rentable pour un village isole est crucial.
Si il coute $5 de construire un moulin a vent et que l’elecricite produite permet d’alimenter un cellulaire qui facilite la vente de produit du village, je pense qu’il serait faisable de trouver des entreprises (SRI) voulant investir dans un tel projet.
Commencer a une petite echelle est important car cela permet de rectifier le tir si ca cale et d’avoir des solutions specifiquement adaptees aux conditions locales.
Bien sur cela ne resoudra pas les problemes de fonds aun niveau national mais ca serait un debut. “Scaling-up” can be an option if things works eventually….
Just my 2 cents, as usual….

Comment by lova

Nj & Lova. Je pense écrire un post pour continuer sur les problèmes que vous évoquez – un comment ne suffira pas… Mais j’essaie très rapidement de répondre à vos réactions.
Nj. Oui l’Afrique a trop peu de projets rentables. C’est bien malheureux. Pour cette raison il n’y a que certaines formes de SRI qui pourront marcher dont des bons garantis avec les fonds de l’aide au développement. Les autres produits financiers existants sont rédibitoires.
Lova. On voit un peu partout des “petites” solutions fonctionner. On voit de temps à autre une “petite” solution devenir “grosse”. Je n’ai rien contre Ethan Zuckerman mais je trouve l’approche trop marquée par le confort d’un fauteuil bostonnien. On en reparle bientot…

Comment by tnr

Que pensez vous de :
http://www.zob-madagascar.org/.

Comment by Sylvain

Parlant de commencer petit le “Scaling-up”, Lova et ses potes ont deja trouve la solution avec http://www.foko-madagascar.org/

Comment by Nj

Sylvain. ZOB est probablement l’une des initiatives les plus sympas que je connaisse – d’un point de vue conceptuel. D’un coté il y a la dérision du nom, l’originalité de l’effort et l’utilité du geste (quoi que l’on puisse dire, acheter à crédit aide les pauvres…). A part cela, plusieurs questions demeurent.

1. Est ce que ca marche? Oui. Il est assez facile de faire le suivi des résultats à Scheugmland. Par ailleurs, certains des actionnaires de ZOB ont une image à gérer localement et ne peuvent donc se permettre de faire n’importe quoi.

2. Est ce intéressant pour les paysans? Oui. Sans ZOB, de nombreux paysans se retrouveraient avec la seule solution disponible: devenir victime d’un racket via des systèmes d’usure. Les taux de hallucinants de 300% par an ne sont pas surréalistes…

3. Est ce rentable pour ZOB? Oui et pour plusieurs raisons. i) 7% p.a. pour l’investisseur mais plus pour le paysan. ii) Tous les investisseurs ne viennent pas à Schgeumland récupérer leur investissement. iii) Ceux qui viennent ne souhaitent pas forcément récupérer leurs billes. iv) L’investisseur assume la majeure partie du risque lié au taux de change. On investit en en € mais on récupère le capital et les interet en Ar.

4. Est ce qu’un telle idée peut “grandir”? Non. Je pense qu’elle restera limitée à la sphère privée à cause – en partie – du point iv) évoqué plus haut et à cause du fait que si ZOB devait grandir, elle devrait respecter les règles auxquelles les institutions financières sont soumises et qui changeraient complètement les règles du jeu – à Schgeumland le capital minimal exigé pour une telle activité est de 2 millions de $ et l’autorisation des autorités de régulations est obtenue – au mieux – en 4 ans !!!

Comment by tnr

Nj. Exact ! Nous invitons d’ailleurs nos lecteurs et nos non-lecteurs à suivre de près les activités de foko.

Lova. Si c’est pas de la pression ça… euh… pardon du support !🙂

Comment by tnr

I had a look to the foko project. I saw the “planting tree campaign”. This raised one question in my mind.
Who owns the land where the tree will be planted?

Comment by Sylvain

Sylvain. Mais où sont donc passés les Foko people?

Comment by tnr




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